Le visa publicité médicament reste au cœur du dialogue entre l’ANSM et les industriels. Publié par l’agence à la suite de sa séance du 15 avril 2026, le compte-rendu du GT Publicité du Comité d’interface dresse un constat clair : les dépôts continuent d’augmenter, alors même que l’ANSM vise la sobriété promotionnelle.
+6,2 %
Demandes de visa en hausse entre 2024 et 2025
+18,3 %
Progression des dépôts depuis 2017 (hors COVID)
15-30 %
Part des visas publicité non exploités
Demandes de visa publicité médicament : une hausse qui s’installe
Le premier signal est chiffré. L’ANSM constate une hausse de 6,2 % des demandes de visa entre 2024 et 2025. Sur le temps long, la tendance est encore plus nette. Depuis 2017, hors période COVID, les dépôts progressent de 18,3 %. Cette croissance touche surtout la publicité destinée aux professionnels de santé (PM), davantage que la publicité grand public (GP).
Ce paradoxe interpelle. En effet, l’agence a déjà déployé plusieurs mesures de simplification. Elle a notamment actualisé les recommandations « modifications mineures » et limité les redépôts à des supports représentatifs d’une campagne. Malgré ces leviers, le volume ne fléchit pas.
L’ANSM souligne une contradiction avec l’objectif de sobriété promotionnelle. D’autant qu’un grand nombre de visas ne sont jamais exploités. Selon les organisations professionnelles, 15 à 30 % de ces visas inutilisés correspondent à deux cas. D’abord, des dépôts « back-up », anticipés pour parer à une intervention pour non-conformité. Ensuite, des supports abandonnés après une telle intervention. Pour affiner l’analyse, les industriels ont demandé les chiffres de refus selon le type de prescription (PMO/PMF). L’agence étudie la faisabilité de cette demande.
Réseaux sociaux et supports digitaux : le cœur du sujet
Pour les industriels, l’explication est nette. La hausse vient d’abord du développement de la publicité sur les réseaux sociaux. Chaque plateforme impose ses propres formats. Pour une même campagne, le nombre de supports à déposer se multiplie donc mécaniquement.
Plusieurs pistes sont à l’étude pour regrouper des supports proches dans un même visa. Parmi elles : la déclinaison d’un contenu sur une même plateforme, du post animé à la story animée. Ou la déclinaison d’un même post sur des réseaux différents, lorsque seule l’architecture change. Le dépôt d’un film TV en storyboard, intégré à un contenu social, figure aussi dans les propositions. Tout comme le dépôt de bandeaux internet accompagnés de leurs déclinaisons.
L’ANSM, après première analyse, estime que certaines pistes sont envisageables, mais supposent une révision de fond des règles d’équivalence et de déclinaison. L’enjeu majeur reste la lisibilité des mentions. Un changement de format, du vertical à l’horizontal, ou un passage du téléphone à l’écran, peut en effet la compromettre.
En pratique, certains laboratoires réalisent déjà des dépôts groupés. Dans l’attente, l’agence les tolère. Mais sous une condition ferme : tous les supports et formats doivent figurer dans la demande de visa initiale. Aucune équivalence n’est permise après l’octroi du visa. Une réunion de travail dédiée pourrait être organisée.
Sobriété promotionnelle et visa publicité médicament : les leviers
Le visa publicité médicament s’inscrit désormais dans une exigence de sobriété. Les organisations professionnelles ont présenté plusieurs leviers en séance : le premier porte sur la durée de validité des visas, qui passerait de 2 à 3 ans, avec une extension pour les supports non modifiés. Les autres pistes concernent le regroupement de supports dans une même demande, l’élargissement des modifications mineures, la création d’avis de « pré-soumission » et la relance de forums industriels/ANSM pour partager les retours d’expérience.
L’ANSM apporte cependant une nuance de taille. Plusieurs de ces mesures supposent une évolution de la réglementation. Surtout, l’agence dresse un constat lucide. La plupart des propositions visent à réduire le nombre de demandes soumises à son accord préalable. Elles n’agissent pas sur le volume total de supports réellement diffusés.
Or l’objectif affiché n’est pas administratif. Il est avant tout environnemental, et non économique. L’agence appelle donc à une responsabilité collective. Elle rappelle enfin quelques mesures pragmatiques. Limiter les campagnes massives, en particulier au pré-lancement. Réduire la taille des supports, certains argumentaires atteignant 300 à 400 pages. Et éviter les dépôts supplémentaires lorsque des visas ont déjà été octroyés.
Recommandations 2026 : ce qui change pour le visa publicité médicament
Au-delà des visas, le GT a passé en revue un programme de recommandations dense. Plusieurs textes impactent directement les pratiques des laboratoires.
La recommandation « indication et stratégie thérapeutique » a été publiée le 1er juin 2026. Elle s’applique dès la période de dépôt PM de juillet 2026. Pour ce premier créneau, l’ANSM a toutefois annoncé de la souplesse envers les supports nécessitant des ajustements.
La recommandation « mention du remboursement » évolue aussi. Le décret du 22 décembre 2025 et l’arrêté du 29 décembre 2025 ont abrogé les fiches d’intérêt thérapeutique. Par conséquent, la recommandation « médicaments d’exception » sera supprimée, puis intégrée à celle sur le remboursement. Son actualisation est prévue au deuxième trimestre 2026. Elle clarifiera le statut de prise en charge, incluant les médicaments de la liste en sus et les accès dérogatoires.
D’autres chantiers avancent en parallèle. Les recommandations “Menions obligatoires” et “Données de sécurité” devront être revues en profondeur. La recommandation paracétamol intégrera les messages de bon usage du projet e-notice. Les travaux se poursuivent sur les vaccins, sur le pictogramme grossesse, élargi à l’allaitement, et sur les génériques.
Enfin, deux nouvelles recommandations rejoignent le programme 2026. La première actualise les communications sur la santé et les maladies humaines. La seconde encadre l’origine « France » des médicaments.
Points de doctrine à connaître
Le compte-rendu apporte enfin trois clarifications de doctrine utiles aux équipes promotionnelles.
La première concerne les supports remis de petit format. Une carte ou un flyer PM doté d’un QR code renvoyant vers un autre support promotionnel peut être refusé. En cause : le risque de remise au patient et le détournement des mesures additionnelles de réduction du risque. Ces supports se distinguent des flyers renvoyant vers des documents « remis obligatoires ».
La deuxième porte sur les échantillons. Leur remise doit résulter d’une demande écrite, datée et signée du professionnel de santé. Or des e-mailings et des formulaires en ligne incitant à la commande ont été refusés. Ils constituaient en effet une action proactive du laboratoire.
La troisième vise les données exploratoires. Les critères secondaires, les données de vie réelle ou de suivi à long terme ne sont exploitables en promotion que s’ils sont validés par les autorités de santé. Un avis de la Commission de la transparence ou une mention au RCP est nécessaire. La méthodologie compte aussi : une étude axée sur la sécurité étaie difficilement une allégation d’efficacité.
Dirona Consulting accompagne les laboratoires dans la sécurisation de leurs supports et l’anticipation des évolutions réglementaires. Vous préparez vos prochains dépôts de visa publicité médicament ? Contactez notre équipe pour auditer vos pratiques.
Sources : ANSM — Compte-rendu du GT Publicité, Comité d’interface avec les industriels du médicament, séance du 15 avril 2026 (publié par l’ANSM en 2026).
