Le 17 juin 2026, lors du Comité d’interface entre l’ANSM et les industriels du médicament (groupe de travail « Amélioration des processus »), l’Agence a acté une décision de fond : l’arrêt du Thésaurus des interactions médicamenteuses. Le référentiel national historique, socle des logiciels d’aide à la prescription et à la délivrance, va disparaître au profit d’une source unique : le RCP. Décryptage à partir du compte-rendu officiel de la séance, publié le 17 juillet 2026.
L'arrêt du Thésaurus acté le 17 juin 2026
La décision a été annoncée en séance du 17 juin 2026. L’ANSM indique qu’une communication dédiée sera publiée sur son site pour préciser les modalités d’arrêt, et que les éditeurs de logiciels d’aide à la prescription (LAP) et d’aide à la délivrance (LAD) ont d’ores et déjà été informés.
Il ne s’agit pas d’un simple gel technique : c’est la fin annoncée d’un référentiel utilisé depuis des années comme guide pharmaco-thérapeutique d’aide à la prescription en France.
Ce qui change et le calendrier
Quatre points structurent la transition :
- la version de septembre 2023 est la dernière : elle ne sera plus actualisée ;
- sa publication est maintenue encore un an, le temps d’organiser la bascule ;
- l’information de référence pour les professionnels de santé est désormais celle figurant dans les RCP ;
- les exploitants sont invités à ne plus déposer de demandes de modification d’AMM visant uniquement à se conformer au Thésaurus.
Les raisons de l'arrêt
Le Thésaurus avait été créé pour pallier des délais d’instruction jugés trop longs des demandes de modification de l’information produit, afin de fournir aux professionnels de santé des recommandations d’interactions actualisées. Cette justification a disparu : les modifications d’AMM sont désormais instruites dans les délais réglementaires.
S’y ajoutent les difficultés remontées par les industriels en séance :
- sources non indiquées et processus décisionnel « peu clair », certaines recommandations non alignées avec les CCDS (« Company Core Data Sheet ») et l’information médicale ;
- désaccords sans réelle possibilité de dialogue avec l’Agence ;
- le Thésaurus alimente les LAP/LAD : en cas de divergence avec le RCP d’une spécialité, les opérateurs subissent des remontées d’information médicale, pouvant aller jusqu’au refus de délivrance ;
- c’est un référentiel purement français, non européen, en tension avec l’harmonisation, d’autant que le Worksharing est obligatoire depuis le 1er janvier 2025, rendant impossible la mise à jour du seul RCP français.
Une obligation qui subsiste : mettre à jour les interactions dans le RCP
C’est le point le plus important pour un exploitant, et il est explicite dans le compte-rendu : l’arrêt du Thésaurus ne dispense pas de déposer des modifications d’AMM pour mettre à jour l’information relative aux interactions médicamenteuses.
Le fondement est européen. En application de l’article 23 de la Directive 2001/83/CE, le titulaire d’AMM veille à ce que l’information produit soit tenue à jour au regard des connaissances scientifiques actuelles, y compris les conclusions d’évaluation et les recommandations rendues publiques via le portail web européen des médicaments (article 26 du règlement (CE) n° 726/2004).
Corollaire à ne pas oublier, l’interaction « miroir » : lorsqu’une recommandation européenne introduit une interaction entre une substance A et une substance B dans les spécialités contenant A, les titulaires d’AMM des spécialités contenant B doivent eux aussi évaluer les données et introduire l’interaction correspondante dans leurs RCP.
Recommandations pratiques pour les exploitants
La bascule impose de revoir plusieurs réflexes :
- faire du RCP (rubrique 4.5) la seule source valide sur les interactions, et non plus le Thésaurus ;
- renforcer la veille des recommandations européennes (PRAC, CMDh, portail EMA) et systématiser le réflexe de l’interaction miroir ;
- cesser les variations « mise en conformité Thésaurus » et recentrer les dépôts sur les mises à jour scientifiques réelles, via le Worksharing lorsque la procédure l’impose ;
- gérer la période transitoire : pendant l’année de maintien de la publication, des divergences RCP / LAP / LAD subsisteront : anticiper les remontées d’information médicale et les questions des officines ;
- aligner CCDS, RCP et notice et articuler le sujet avec la pharmacovigilance (le Responsable Pharmacovigilance veille à une information produit à jour « dans un délai maîtrisé »).
Le Thésaurus des interactions médicamenteuses cède la place au RCP
La fin du Thésaurus n’est pas un allègement : elle transfère la charge vers le RCP et la veille européenne. Les exploitants qui structurent dès maintenant leur processus « recommandations UE → évaluation → variation → RCP/notice » prendront de l’avance ; les autres s’exposent à des RCP obsolètes et à des divergences avec les logiciels métiers.
Sources :
ANSM — Comité d’interface avec les représentants des industries du médicament, GT « Amélioration des processus », compte-rendu de la séance du 17 juin 2026 et présentation « Thésaurus des IM » des organisations professionnelles
