Rupture d’Alepsal : quand l’approvisionnement menace les patients epileptiques

Alepsal : un antiépileptique ancien mais indispensable


L'Alepsal est un médicament antiépileptique à base de phénobarbital et de caféine anhydre, commercialisé en France depuis plusieurs décennies. Prescrit principalement dans l'épilepsie généralisée et partielle, il reste un pilier thérapeutique pour de nombreux patients dont l'équilibre a été obtenu — parfois depuis des années — avec cette association spécifique.

Son intérêt repose sur la synergie entre le phénobarbital (barbiturique anticonvulsivant de référence) et la caféine, qui en atténue les effets sédatifs. Ce profil pharmacologique unique le rend difficilement substituable à l'identique.

Fabriqué par Delpharm Brétigny et distribué par le laboratoire Teofarma, l'Alepsal est disponible en quatre dosages correspondant à des posologies adaptées à chaque patient.

État des lieux : une rupture quasi-totale


Depuis la fin de l'année 2025, la situation d'approvisionnement s'est progressivement dégradée. Le 31 mars 2026, l'ANSM a confirmé la rupture de stock sur trois dosages et une tension d'approvisionnement sur le quatrième.

15 mg
Rupture
50 mg
Rupture
100 mg
Rupture
150 mg
Tension
Cause identifiée

Le changement de fournisseur de matière première par Teofarma est à l'origine de cette rupture. La requalification de la chaîne d'approvisionnement retarde la remise à disposition, avec une résolution espérée pour le début de l'été 2026.

Chronologie de la crise

Octobre – Novembre 2025
Premières tensions d'approvisionnement signalées. Teofarma engage un changement de fournisseur de matière première (phénobarbital).
Janvier 2026
Rupture confirmée sur les dosages 15 mg, 50 mg et 100 mg. Le 150 mg passe en tension d'approvisionnement.
31 mars 2026
L'ANSM publie un communiqué officiel (semaines 12 & 13) et rappelle les alternatives existantes. Question posée à l'Assemblée nationale (n°13501).
Juin – Juillet 2026 (prévisionnel)
Retour à la normale espéré après requalification du nouveau fournisseur de matière première.

La problématique est structurelle : c'est la dépendance à un nombre restreint de fournisseurs de matière première et la fragilité de la chaîne industrielle qui sont en cause.

Quelles alternatives pour les patients ?


L'ANSM a identifié plusieurs alternatives à base de phénobarbital seul. Le point de vigilance majeur : ces spécialités ne contiennent pas de caféine, ce qui augmente le risque de somnolence, particulièrement en début de substitution.

« Ces alternatives contiennent du phénobarbital mais pas de caféine, ce qui majore le risque de somnolence, notamment à l'initiation du traitement ou lors du changement de médicament. »

— ANSM, communiqué officiel, 31 mars 2026

Sécuriser les MITM : le vrai enjeu de fond


Au-delà du cas Alepsal, cette crise remet en lumière la question centrale de la sécurisation des Médicaments d'Intérêt Thérapeutique Majeur (MITM) — ces médicaments dont l'interruption de traitement peut engager le pronostic vital à court ou moyen terme ou représenter une perte de chance importante pour les patients.

7 711
Médicaments classés MITM
(liste ANSM, 13 mars 2026)
2 mois
Stock de sécurité minimum
exigé des laboratoires
4 mois
Stock exigé en cas
d'antécédent de rupture

Le dispositif réglementaire français

La France a progressivement renforcé son arsenal réglementaire pour prévenir les ruptures de stock sur les médicaments essentiels. La liste MITM, publiée initialement le 19 décembre 2024 puis mise à jour le 13 mars 2026, impose aux titulaires et/ou exploitants d'AMM un processus structuré :

1
Déclarer tout risque de rupture à l'ANSM
2
Constituer un stock de sécurité (2 à 4 mois)
3
Proposer des alternatives thérapeutiques
4
Assurer la continuité du traitement

Les failles que révèle le cas Alepsal

Malgré ce cadre, la rupture d'Alepsal met en évidence plusieurs vulnérabilités persistantes :

Dépendance aux matières premières. Le changement de fournisseur de phénobarbital a suffi à provoquer une rupture de plusieurs mois. La concentration de la production de principes actifs sur un nombre restreint de sites — souvent hors d'Europe — reste le talon d'Achille de la chaîne pharmaceutique.

Faible volume, haute criticité. Les médicaments à faible volumétrie comme l'Alepsal échappent aux dispositifs de surveillance ciblés sur les molécules de plus grande consommation. Pourtant, leur caractère indispensable pour des patients chroniques en fait des cas de rupture particulièrement graves.

Nombre limité de titulaires d'AMM. Quand un seul laboratoire distribue une spécialité, l'absence de concurrent rend toute tension immédiatement critique. La diversification des sources d'approvisionnement est encore insuffisante.

Pistes d'amélioration générales

Plusieurs leviers sont à l'étude ou déjà en cours de déploiement : élargissement de la liste MITM, renforcement des obligations de stock, relocalisation partielle de la production de principes actifs en Europe, création de stocks stratégiques nationaux, et amélioration du système d'information entre l'ANSM, les grossistes-répartiteurs et les officines pour anticiper les tensions plus en amont.

Au-delà de l'Alepsal, repenser la résilience


La rupture d'Alepsal n'est ni la première ni la dernière crise d'approvisionnement en médicaments essentiels. Mais elle illustre avec une précision presque pédagogique les limites d'un système qui repose sur des chaînes d'approvisionnement fragiles, peu diversifiées et insuffisamment anticipées.

Pour les patients épileptiques concernés, chaque semaine de rupture est une semaine d'incertitude thérapeutique. La sécurisation des MITM ne peut plus se limiter à des obligations déclaratives : elle appelle une véritable politique industrielle du médicament, articulée autour de la souveraineté sanitaire, de la diversification des sources et de la transparence de la chaîne logistique.

« La sécurisation des MITM ne doit plus être un objectif réglementaire : elle doit devenir une réalité opérationnelle. »

Le dossier Alepsal est un signal d'alarme. Il appartient aux autorités, aux industriels et aux professionnels de santé de le transformer en levier d'action durable.

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